Actualités — Vérification d'un ordre de grandeur

876 € par mois pendant quarante ans

La thèse Knafo de la retraite par capitalisation, à l'épreuve du calcul

Sarah Knafo affirme qu'un salarié à 2 000 € net serait millionnaire s'il avait capitalisé ses cotisations retraite au lieu de les verser à la répartition. Le calcul tient — mais seulement si l'on accepte trois hypothèses qui ne vont pas de soi.

Carrière 1986 → 2025 Euros constants 2025 Salaire, rendement et taux paramétrables
01 — Le point de départ

Le franc que l'on oublie

Le calcul de départ prend 876 € de cotisations retraite par mois — 43,8 % d'un salaire net de 2 000 € — et les multiplie par une carrière complète. Le problème est que ce salarié n'a jamais gagné 2 000 € pendant quarante ans.

En 1986, il touchait l'équivalent de 982 €, soit 6 441 francs. Sa cotisation retraite mensuelle valait donc 430 €, pas 876 €. En euros courants, les versements réels d'une telle carrière totalisent 307 534 € — un tiers de moins que ce que suggère une multiplication à salaire figé.

Mais l'érosion monétaire coupe dans les deux sens : ce sont précisément les cotisations les plus anciennes, les plus faibles, qui bénéficient de quarante ans d'intérêts composés. C'est cet arbitrage que le modèle ci-dessous tranche.

« Un salarié à 2 000 € net par mois serait millionnaire s'il avait capitalisé pour lui. » Sarah Knafo — Le Casse du siècle, août 2026
02 — Le modèle

Ce que donne la machine

Chaque mois de 1986 à 2025, le salarié verse le taux choisi de son salaire — un salaire qui suit exactement l'érosion monétaire de la période, donc à pouvoir d'achat constant. Chaque versement est capitalisé jusqu'à fin 2025 au taux annuel retenu. Le capital obtenu est en euros d'aujourd'hui, et la pension de répartition est recalculée pour le même salaire.

Capital fin 2025
Rente à 4 %
capital préservé et transmissible
Pension de répartition
Rapport rente / pension
Capital accumulé de 1986 à 2025, comparé aux cotisations versées
Capital capitalisé — taux retenu Capital — taux de cotisation légal Cotisations versées, sans intérêts
AnnéeSalaire neten francsCotisation / mois Versé dans l'annéeCapitalisé jusqu'en 2025

Colonne francs : conversion au taux fixe de 6,55957 F pour 1 €, jusqu'au passage à l'euro fiduciaire en 2002.

03 — Le verdict

Trois hypothèses à peser

Au réglage courant, le capital atteint 858 258 € — l'érosion monétaire ne suffit donc pas à faire tomber l'argument. Ce sont les hypothèses en amont qui décident.

Hypothèse à corriger

43,8 %, c'est un peu plus que la cotisation retraite

Les cotisations strictement retraite d'un salarié du privé — vieillesse plafonnée et déplafonnée, Agirc-Arrco, CEG, CET, parts salariale et patronale — pèsent 28,0 % du brut, soit 717 € par mois au salaire retenu, contre 876 € dans l'hypothèse à 43,8 %. L'écart est réel mais modeste : au taux légal, le capital revient à 702 905 €.

Hypothèse défendable

5 % nominal n'est pas agressif

Rapporté à l'inflation implicite de la période, 1,84 % par an, ce taux revient à 3,10 % de rendement réel. Sur quarante ans, un portefeuille d'actions diversifié a fait nettement mieux, frais déduits. L'hypothèse de rendement est le maillon le plus solide de la démonstration — c'est aussi le seul qui suppose de traverser 1987, 2000, 2008 et 2020 sans jamais vendre.

Hypothèse absente

Le coût de la transition n'est pas dans le calcul

La comparaison oppose un capital accumulé à une pension servie, mais oublie qui paie les retraités actuels pendant que les cotisations partent sur les marchés. Basculer suppose de financer deux fois la même génération pendant plusieurs décennies. Aucun modèle de capitalisation ne devient valide sans chiffrer ce passage.

Comparaison incomplète

La pension n'est pas qu'une rente

La pension de répartition est garantie à vie, indexée, et inclut la réversion, l'invalidité, les trimestres de maternité et de chômage, et le minimum contributif. Une rente issue d'un capital ne couvre rien de tout cela : elle dépend de la date de départ, du marché ce jour-là, et de la durée de vie du titulaire.

Réserves
Gestion

Des frais que la simulation ne compte pas

La retraite par répartition est gérée par les organismes de retraite, publics et gratuits. Un fonds de pension, lui, prend des frais pour gérer l'argent de ses clients. Ces frais ne sont pas estimés dans cette simulation, mais ils viendraient en déduction des sommes capitalisées. Certes, un fonds de gestion public pourrait être créé — mais au vu des finances de la France, qui souhaiterait confier son argent à l'État ?

Protection financière

Un capital n'est jamais garanti

Le système par répartition garantit les retraites. Mais un fonds de gestion privé peut faire faillite : dans ce cas, le retraité qui a capitalisé peut perdre toute la capitalisation retraite d'une vie. Il faut donc s'assurer contre ce risque — et cela aussi a un coût.

04 — Ce qui reste

L'effet de plafond

Le curseur du salaire révèle le point le plus intéressant du dossier. La retraite de base est calculée sur un salaire plafonné au PASS — 3 925 € bruts par mois en 2025 — alors que la capitalisation, elle, ne connaît aucun plafond. Plus le salaire monte, plus la répartition décroche : le taux de remplacement passe d'environ 79 % au niveau du SMIC à moins de 70 % au-delà de 5 000 € nets.

Autrement dit, la thèse de la capitalisation est arithmétiquement d'autant plus forte que le salarié gagne bien. C'est aussi ce qui explique qu'elle soit défendue avec cette énergie, et pourquoi la question du plafond est politique avant d'être financière.

Déplacez enfin le curseur du rendement : sous 4,3 % environ, au taux de cotisation légal, la rente passe sous la pension. Toute la démonstration tient à quelques points de rendement sur quarante ans.

Méthode. Versements en fin de mois, capitalisation mensuelle au taux annuel équivalent, terme au 31 décembre 2025 ; le salaire suit l'érosion monétaire observée entre 1986 et 2025 (982 € pour 2 000 € d'aujourd'hui), soit 1,84 % par an. Le brut est reconstitué à partir du net avec 22 % de charges salariales. La pension de répartition est estimée pour une carrière complète de 40 ans : 50 % du salaire moyen plafonné au PASS pour le régime de base, plus les points Agirc-Arrco (valeur du point 1,4386 €, salaire de référence 20,1877 €), diminuée de 9,1 % de prélèvements sociaux pour le net. Ces estimations donnent des ordres de grandeur, pas des droits individuels.

Sources des paramètres :

La démocratie, ça se débat chiffres en main

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